Peut‑on poser des congés pendant un préavis ?
La réponse courte : oui, c’est possible… mais pas n’importe comment, et surtout pas unilatéralement. Entre ce que dit le droit, ce que pratique réellement ton employeur et ce qui est jouable pour toi sans te griller, il y a un vrai terrain à comprendre.
Si tu viens d’annoncer ton départ (démission, rupture conventionnelle, licenciement) ou si tu envisages de le faire, tu es peut‑être en train de te demander quoi faire de tes congés restants :
les poser pour raccourcir la période où tu es encore dans la boîte, demander qu’on te les paye, les garder « au cas où » ?
On va passer en revue les cas de figure concrets, pour que tu saches ce que tu peux demander, ce que ton employeur peut refuser, et comment t’y prendre pour que ton préavis reste propre.
Rappel : ce qu’est un préavis (et ce qu’il n’est pas)
Avant de parler congés, on clarifie le terrain.
Un préavis, c’est :
- une période pendant laquelle le contrat de travail continue après l’annonce de la rupture (que ce soit à ton initiative ou à celle de l’employeur, selon les cas) ;
- un temps où :
- tu es toujours salarié·e ;
- tu continues à être payé·e ;
- tu dois en principe travailler, sauf dispense écrite.
Ce que ce n’est pas :
- une zone floue où tu fais un peu ce que tu veux ;
- un moment où tes droits à congés disparaissent ;
- une punition pendant laquelle tu devrais renoncer à tout repos.
Pendant ton préavis, le contrat vit encore : tu continues à acquérir des congés, tu peux en principe en poser, et tu restes soumis aux règles habituelles (horaires, obligations, etc.), sauf accord spécifique.
Principe général : congés pendant le préavis, oui, mais avec accord
La règle de base est la suivante :
- tu ne peux pas décider tout seul de transformer ton préavis en vacances ;
- tu peux demander à poser des congés pendant le préavis ;
- l’employeur peut accepter, refuser, ou imposer certaines dates dans des cas précis.
En clair :
- tu as toujours des droits à congés ;
- mais leur prise reste soumise à accord, comme en dehors du préavis, voire encore plus encadrée.
Pourquoi ? Parce que le préavis sert à :
- assurer la continuité du service ;
- permettre la transmission des dossiers ;
- organiser ton remplacement.
Si tu poses trois semaines de congés sur un mois de préavis, l’employeur peut légitimement dire que ça ne remplit pas du tout ces fonctions.
Trois cas concrets pendant le préavis
Pour y voir clair, on regarde les trois situations qui reviennent le plus souvent.
Cas 1 : tu as des congés déjà posés avant l’annonce du départ
Tu avais posé des congés avant de déposer ta démission ou d’apprendre ton licenciement.
Question : est‑ce qu’ils sont annulés ? Est‑ce qu’ils comptent pour le préavis ?
En principe :
- ces congés restent valables, sauf accord contraire ou demande spécifique de l’employeur ;
- ils s’imputent sur ton préavis, ce qui veut dire :
- le préavis n’est pas prolongé à cause d’eux (sauf dispositions particulières, rares et encadrées) ;
- tu ne peux pas exiger de « refaire » ton préavis plus tard.
Exemple :
- tu as un mois de préavis du 1er au 30 juin ;
- tu avais déjà des congés du 10 au 14 juin acceptés avant ;
- sauf accord contraire :
- tu ne viens pas travailler cette semaine‑là ;
- ton préavis se termine quand même le 30 juin.
Ce cas est souvent mal compris. On entend parfois : « Les congés suspendent le préavis. »
En pratique, c’est très encadré et loin d’être automatique.
Dans la plupart des cas, le préavis continue de courir, même si tu es en congés au milieu.
Cas 2 : tu veux poser de nouveaux congés pendant le préavis
Ici, on est dans la vraie question : tu veux, maintenant que tu es en préavis, poser des congés (pour te reposer, raccourcir ta présence, gérer un déménagement, etc.).
Quelques points importants :
- tu peux faire la demande comme pour n’importe quel congé (formulaire, outil RH, mail) ;
- l’employeur peut :
- accepter (et les congés s’imputeront sur la durée du préavis, sauf accord différent) ;
- refuser, en justifiant par les besoins du service / la nécessité de te garder présent·e.
Tu ne peux pas unilatéralement transformer ton préavis en congé payé.
Par contre, tu peux négocier, surtout si :
- tu as beaucoup de jours de congés acquis non pris ;
- tu n’es plus vraiment utile sur certaines tâches ;
- ton employeur a lui‑même intérêt à ce que tu partes un peu plus tôt (climat, réorganisation, etc.).
Dans certains cas, l’employeur et toi pouvez tomber d’accord pour :
- te libérer plus tôt en posant des congés ;
- ou même te dispenser d’exécuter tout ou partie du préavis (avec maintien ou non de la rémunération selon la situation).
Cas 3 : congés imposés ou ajustés par l’employeur
Dans le cadre d’un licenciement notamment, l’employeur peut :
- te dispenser d’exécuter ton préavis (tu ne viens plus, mais tu es payé) ;
- ou, plus rarement, ajuster certaines de tes dates de congés pour que :
- la fin de préavis colle avec une fermeture d’entreprise ;
- les congés déjà acceptés soient déplacés.
Ces ajustements ne peuvent pas se faire n’importe comment :
- des délais de prévenance s’appliquent ;
- un minimum de bonne foi est attendu (on ne change pas tes dates à 3 jours du départ sans motif sérieux) ;
- la rémunération doit suivre (on ne te fait pas perdre des droits sous prétexte que tu pars).
Si tu sens qu’on joue avec tes congés pour te faire perdre des jours, ce n’est pas un détail : c’est typiquement le moment de demander une clarification écrite.
Congés payés non pris au moment du départ : payés, pas perdus
Un point crucial à ne pas oublier :
à la fin de ton contrat (démission, licenciement, rupture conventionnelle), les congés payés que tu as acquis mais pas pris doivent être payés.
Concrètement :
- sur ton solde de tout compte, tu dois voir une ligne « indemnité compensatrice de congés payés » ;
- cette indemnité correspond à la valeur des jours que tu n’as pas posés.
Ça veut dire que tu n’as pas forcément intérêt à absolument tout poser pendant le préavis :
- si ça complique la transition ;
- si ton employeur ne veut pas ;
- si les dates deviennent ingérables.
Dans certains cas, laisser payer tes congés non pris peut être :
- plus simple ;
- plus lisible ;
- plus propre côté relation avec ton employeur.
L’enjeu, ce n’est donc pas « sauver tes jours à tout prix pendant le préavis », mais ne pas les perdre :
- soit tu les poses avec accord ;
- soit ils sont payés au départ.
Passons à la pratique. Tu es en préavis ou tu vas l’être, et tu veux réfléchir à tes congés :
1. Faire l’état des lieux de tes jours
Avant toute demande, calcule :
- combien de CP acquis tu as au jour de ton préavis ;
- combien tu en acquiers encore jusqu’à la fin du contrat ;
- combien tu as déjà posés (et sur quelles dates).
Tu peux retrouver ces infos :
- sur ton bulletin de paie (compteur de CP) ;
- dans ton outil RH ;
- en demandant un récap écrit à ton/ta RH.
Cette étape te permet de savoir si tu parles de :
- 3–4 jours à placer (souple) ;
- ou de 20 jours entiers, ce qui change tout dans la discussion.
2. Décider de ta priorité : temps libre maintenant vs argent plus tard
Ensuite, pose‑toi une vraie question :
- qu’est‑ce qui compte le plus pour toi, sur ce préavis précis ?
- Avoir plus de temps libre pour préparer ton prochain job, ton déménagement, prendre l’air ?
- Ou sortir avec une indemnité de congés payés plus importante ?
Il n’y a pas de bonne réponse universelle.
Mais si tu sais ce que tu veux, tu peux :
- soit pousser pour poser une partie de tes jours ;
- soit accepter l’idée de les récupérer en argent.
3. Formuler une demande alignée avec la réalité du service
Quand tu demandes des congés pendant le préavis, ne fais pas comme si de rien n’était.
Intègre le fait que :
- ton manager doit garder une équipe qui tourne ;
- il / elle a aussi des contraintes côté charge.
Par exemple :
« Il me reste X jours de congés.
Idéalement, j’aimerais pouvoir poser 5 jours pendant mon préavis pour [déménagement / démarches / repos].
Je propose les dates suivantes, mais je suis ouvert à ajuster pour que la passation se passe bien. »
Tu montres que :
- tu es conscient des contraintes ;
- tu cherches un compromis, pas à disparaître.
4. Clarifier par écrit ce qui est décidé
Jamais sans écrit. Pendant un préavis, les malentendus coûtent cher.
- si des congés sont acceptés pendant le préavis :
fais confirmer les dates par mail / outil RH ;
- si ton employeur te dit :
- « On ne les pose pas, on te les paiera » :
demande une confirmation écrite.
En cas de litige plus tard, tu pourras montrer :
- que tu as proposé des dates ;
- ce qui a été accepté / refusé ;
- sur quoi vous êtes tombés d’accord.
Les erreurs classiques à éviter
Quelques pièges fréquents pendant un préavis :
-
Croire que tu peux t’absenter parce que “de toute façon, je pars”
Non : tant que le contrat n’est pas terminé ou que tu n’es pas dispensé, tu dois être présent·e ou en absence autorisée.
-
Penser que tous tes congés non pris seront perdus
Faux : en fin de contrat, ils doivent être compensés financièrement.
-
Négliger la passation
Si tu poses des congés sans t’arranger pour transmettre les dossiers, tu laisses une mauvaise image qui peut te suivre (références, réseau).
-
Ne rien demander par peur de déranger
Tu as le droit de poser la question et de proposer un aménagement, surtout si tu expliques ton besoin.
On pourrait croire qu’un outil de planification des congés ne sert qu’en mode long terme.
En réalité, même pendant un préavis, il peut t’aider à :
- visualiser les jours qu’il te reste sur l’année ;
- tester plusieurs scénarios :
- « je pose tout maintenant » ;
- « j’en garde pour qu’ils soient payés » ;
- vérifier que tu ne te mets pas à poil de congés avant la fin de ton contrat (par exemple si tu restes quelques mois après ton préavis pour une mission, une autre boîte, etc.).
Tu peux, par exemple :
- simuler ton année 2026 en incluant ton préavis ;
- voir comment la prise ou non de certains jours change :
- ta charge mentale (plus de respiration) ;
- ton solde (indemnité finale).
En résumé : poser des congés pendant un préavis, c’est possible… mais cadré
On récapitule sans bullshit :
- Oui, tu peux poser des congés pendant un préavis, mais jamais unilatéralement : il faut l’accord de l’employeur.
- Les congés déjà posés avant l’annonce restent en principe valables et n’allongent pas forcément le préavis.
- Les congés payés acquis mais non pris au moment de ton départ doivent être payés : tu ne les perds pas juste parce que tu n’as pas réussi à les poser.
- Ta meilleure stratégie :
- faire l’état des lieux de tes jours ;
- décider si tu privilégies le temps libre ou l’indemnité ;
- formuler des demandes réalistes, en pensant aussi à la passation ;
- tout faire confirmer par écrit.
Avec ça, ton préavis ne devient pas un trou noir où tes congés disparaissent, mais une phase que tu peux gérer proprement : tu pars en bons termes, en ayant utilisé ou récupéré tes jours intelligemment, sans te faire avoir par des idées floues sur ce qui est « possible ou pas ».